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Les angles morts émotionnels qui nous freine (et qu'on ne voit pas!)

  • Photo du rédacteur: Manuela Rigaud Théodore
    Manuela Rigaud Théodore
  • il y a 5 jours
  • 4 min de lecture

Vous êtes-vous déjà demandé pourquoi vous réagissez toujours de la même manière à certaines situations, même quand vous aviez décidé de faire autrement? Ou pourquoi vous vous sentez parfois submergé sans arriver à nommer d'où ça vient?

En voiture, l'angle mort n'est pas dangereux parce qu'il contient quelque chose de menaçant. Il est dangereux parce qu'on est convaincu de bien voir.

C'est exactement le mécanisme d'un angle mort émotionnel : une réaction, une pensée ou un schéma de comportement qui vous échappe, non pas parce qu'il est caché, mais parce qu'il est tellement ancré qu'il est devenu un automatisme. Vous ne le voyez plus. Il continue pourtant d'influencer vos décisions, vos relations et, si vous gérez une équipe, le climat de tout un groupe.


Quand les automatismes prennent le volant

Ces angles morts se manifestent de mille façons!


Peut-être évitez-vous systématiquement les conflits, quitte à taire vos propres besoins jusqu'à ce qu'ils ressortent ailleurs, autrement. Peut-être vous sentez-vous immédiatement attaqué devant une critique, même quand l'intention n'y était pas. Une simple remarque sur un choix professionnel déclenche une irritation vive, alors que vous aviez l'impression de très bien vivre la question.


Ces réactions ne sont pas des défauts. Ce sont des mécanismes développés au fil du temps, souvent pour se protéger ou s'adapter à un contexte qui l'exigeait. Ils ont servi. Le problème, c'est qu'ils continuent de fonctionner longtemps après que le contexte a changé.


Et ils coûtent cher en énergie. Lutter en continu contre des impulsions qu'on ne voit pas est l'une des sources les plus sous-estimées de fatigue mentale.


Ce que ça donne dans une organisation

Au travail, ces angles morts cessent d'être une affaire strictement personnelle. Ils prennent trois formes bien documentées en santé psychologique au travail.


Les risques psychosociaux

Ils sont liés à l'organisation du travail, à la charge, aux pratiques de gestion et aux relations professionnelles. Leur particularité : ils ne font pas de bruit au début. Ils se manifestent par des signaux qu'on attribue à autre chose, soit une montée du stress qu'on met sur le compte de la saison, des tensions qu'on explique par des incompatibilités de caractère, une baisse de motivation qu'on interprète comme un désengagement personnel.


Le glissement se joue exactement là : on traite un symptôme individuel alors que la cause est organisationnelle. Résultat, on subit les effets plutôt que de les prévenir.

Au Québec, ce n'est d'ailleurs plus seulement une bonne pratique. Depuis la modernisation du régime de santé et de sécurité du travail, la santé psychologique relève des obligations de prévention de l'employeur, au même titre que la sécurité physique.


L'incapacité de se déconnecter

Répondre aux courriels le soir, ressasser un dossier le dimanche après-midi, rester mentalement branché même en vacances. Cet angle mort est le plus difficile à voir, parce qu'il est valorisé.


On le confond avec l'engagement. On le raconte même avec une certaine fierté. Pendant ce temps, il érode le repos, brouille la frontière entre la vie professionnelle et la vie personnelle, et entretient une charge mentale qui ne redescend jamais complètement.


Un indice simple : si vous avez besoin de trois jours de congé avant de commencer à vous sentir reposé, ce n'est pas le congé qui est trop court.



Les facteurs d'épuisement professionnel

Surcharge, perte de sens, manque de reconnaissance, sentiment de ne plus avoir de prise sur son travail. Ces facteurs s'accumulent en silence, et chacun pris isolément semble supportable.


C'est justement pour ça qu'ils restent dans l'angle mort. Personne ne s'effondre à cause d'une seule semaine difficile. On s'effondre après dix-huit mois où chaque élément, examiné séparément, paraissait raisonnable.


Les voir tôt, c'est pouvoir agir pendant que les ajustements sont encore petits : une échéance repoussée, un dossier retiré, une conversation tenue. Après le point de rupture, ce sont des mois d'absence.


Les illuminer, c'est passer de la réaction à la prévention

Notre rôle est de mettre en lumière ces zones d'ombre, puis de les transformer en leviers. Avec la méthodologie CARE, les individus et les organisations apprennent à reconnaître leurs angles morts émotionnels, à en mesurer l'impact et à développer des pratiques plus saines avant que les problèmes ne s'installent.


La méthodologie CARE n'est pas un modèle générique repris ailleurs, c'est une méthodologie développée par Manuela Rigaud Théodore, psychoéducatrice, construit autour de quatre temps : Conscience, Auto-évaluation, Résonance, Évolution. Elle définit la façon de mener l'accompagnement du début à la fin, et elle vise un résultat précis : donner aux équipes d'une entreprise les outils pour décortiquer leurs automatismes, leurs risques psychosociaux, plutôt que de leur en faire seulement le constat.


Comprendre pourquoi une réaction se déclenche, quelles émotions se trouvent en dessous, quel besoin cherche à se faire entendre, et quelles autres réponses deviennent possibles une fois le mécanisme visible.


Autrement dit, CARE donne à la fois la carte, la boussole et le véhicule pour naviguer vers un réel bien-être au je suis au travail. Comme notre accompagnement s'appuie sur une approche psychoéducative, il ne cherche pas à réparer les personnes. Il travaille sur ce qui les entoure : la charge, le cadre, les façons de faire et les mots qu'on emploie.


Trois questions pour vérifier vos propres angles morts

  • Quand une personne de votre équipe change de comportement, quelle est votre première explication : sa situation personnelle, ou l'organisation du travail?


  • À quand remonte votre dernière fin de semaine complète sans ouvrir vos courriels?


  • Dans votre équipe, qui va bien parce que ça va vraiment bien, et qui va bien parce que personne n'a posé la question?


Si ces questions vous font hésiter, c'est bon signe. L'hésitation est le premier moment où l'angle mort devient visible.


Parce qu'un environnement de travail émotionnellement intelligent n'est pas seulement plus humain : il est aussi plus performant.


Et dans votre organisation?

Si l'un de ces trois angles morts vous a fait penser à votre équipe, parlons-en.



On regarde ensemble ce qui se joue dans votre milieu et par où commencer.


Sur ce, je vous souhaite une bonne santé mentale!



Cet article est un outil de sensibilisation. Il ne remplace pas un avis juridique ni les politiques de votre organisation. Pour le texte officiel et les outils de la CNESST, consultez cnesst.gouv.qc.ca.

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